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Témoignage de Lydia Muller

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Interview de Lydia Müller, psychanaliste, amie intime de C.Kousmine par Françoise Wilhemi de Toledo

Catherine Kousmine est la seconde fille d'un couple russe aisé, surpris dans leur résidence de vacances en Suisse par la révolution d'octobre. Contraints de rester sur les rives du Lac Léman, abandonnant ainsi tous leurs biens au pays, le destin de CK fut profondément marqué par cette première césure. On se demande comment cette petite émigrée russe pu accomplir une trajectoire si importante. Derrière tout grand homme se cache une grande femme prétend-on. Mais qui se cache derrière cette grande femme?
La réponse est : sa grande amie Lydia Müller une psychanalyste valaisanne installée à Genève , qui fut tout d'abord sa patiente. A la fin de sa vie je demandai à Catherine Kousmine sur son lit d'hôpital ce qui lui manquait ... La réponse sur un petit ton évident: " Oh, Lydia bien sûr". (Lydia Müller ne pouvait quasiment plus se déplacer, souffrant d'insuffisance cardiaque aiguë).

Mais écoutons Lydia elle-même, parlant de sa "grande" amie avec ce mélange caractéristique de lucidité, respect de la vie , humour et sagesse.
Q: LM, vous êtes psychanalyste. Quel rôle jouait pour CK la psychosomatique?
Elle était très ouverte, puisqu'elle m'envoyait souvent des patients. Je me rappelle précisément d'un cas de Sclérose en Plaques ou de toute évidence, la psychothérapie était plus importante encore que le traitement physique.
Q. Pouvait-elle accepter ceci ? 
LM Bien entendu. CK disait que le traitement de toute SEP devait être accompagné d'une psychothérapie afin de montrer au patient où est le "saboteur". Celui qui le maintient dans la maladie, parce que la maladie a des avantages : on s'occupe de vous, on vous chouchoute et alors il n'y a pas de raison d'être en bonne santé et de prendre ses responsabilités. Notre boulot en psychanalyse c'est de montrer au patient quand le "saboteur" est à l'œuvre! Le "saboteur" a autant de visages qu'il y a de patients.
 Q. Je croyais que CK insistait plutôt sur l'aspect somato­psychique des troubles psychiques de ses patients. Elle me disait souvent : naturellement lorsqu'on se retrouve dans un fauteuil roulant il est normal d'être déprimé!
LM. Ah, elle avait les deux aspects. Je pense qu'il serait avantageux d'avoir un psychothérapeute qui connaît la méthode Kousmine. Moi je connaissais le système à fond et je voyais quand les patients "trichaient".
Q. Discutiez-vous de vos patients communs?
LM.Ca non. Non, non, non! le secret professionnel est le secret professionnel même avec le médecin traitant. Non, là je suis sévère. Mais nous étions sur la même longueur d'onde. Elle reçut une fois une jeune patiente avec une maladie de Hodgkin. Après lui avoir explique la méthode elle se rendit compte que la jeune malade n'"obéissait" pas ... Elle procéda à quelques "enguirlandages" comme de coutume, puis se rendant compte que l'indiscipline alimentaire recouvrait un trouble psychique plus grave elle me l'envoya. La patiente souffrait de boulimie , diagnostique quasi inconnu il y a 20 ans. Nous la traitâmes parallèlement pendant des années ce qui lui permit de faire ses études de médecine et, plus tard de devenir une élève Kousmine!
Q :D'un point de vue psychanalytique que diriez‑vous de CK, Quelles étaient les grandes lignes de son caractère?
LM: Kousmine avait une idée fixe c'est d'aider le monde. Elle avait une grande idée. Elle était obsessionnelle du point de vue médical. Si vous voulez c'était une femme géniale mais elle me disait ceci entre nous "Lydia si tu n'avais pas été à mes côtés j'aurais été à Cery*". Parce que si je n'avais pas pendant 40 ans soutenu son moral, atténué les agressivités, etc. etc. enfin ce que l'on fait tout-à-fait normalement en thérapie pour fortifier la personne, et bien effectivement elle n'aurait pas tenu .
Q.Mais Lydia comment faisiez‑vous pour mélanger amitié et cette "discrète thérapie"?
LM. Je me sentais en "mission". Ce n'était jamais, même en vacances, possible de se laisser aller. Non, je surveillais, je surveillais et j'avais raison de le faire! J'ai surtout, et d'ailleurs c'est peut-être ma force, toujours reconstruit.. quand les gens démolissaient , moi je reconstruisais en mettant en exergue ce qui était positif. Kousmine était sensible à l' "homme" et pas à la femme, et moi aussi. C'est au fond assez rare de trouver une amitié si profonde qui reste hétérosexuelle jusqu'au bout.
Une particularité de son caractère était qu'elle ne supportait pas la culpabilité. Elle avait été à rude école dans ses jeunes années, où, sans argent, elle devait travailler à côte de ses études de médecine. De plus pour la même raison, elle devait absolument sortir lauréate de sa volée, ce qu'elle fit malgré la concurrence acharnée. Ceci lui demanda un effort surhumain et explique l'intransigeance de son caractère. Elle ne pouvait se permettre de regarder ailleurs que vers le but.
Q. Comment expliquer alors sa sensibilité pour la nature, les enfants, certaines personnes? 
LM: Oui, elle était sensible mais elle n'était pas démonstrative. Elle n'embrassait pas, il n'y avait pas de gestes ... rien de tendre.
Q: Pourtant dans son regard il y avait parfois de la tendresse.
LM: Oui, oui mais ..modérément.
Q. Et dans votre amitié non plus, elle n'était pas démonstrative?
LM: Non, jamais.
Q. Etait‑elle jalouse de votre temps, votre attention?
LM. Non, pas du tout, elle était trop intelligente pour cela Elle savait que je devais gagner ma vie, et faire mon chemin. Mais elle voulait passer en premier, ca c'est entendu !
Q: Comment vous êtes-vous rencontrées?
LM. Ah ! ca, c'est facile ! Je souffrais d'atroces maux de tête, réfractaires à toute thérapie. Mon médecin traitant il y a bientôt 50 ans, m'avait dit :" il y a une seule personne capable de trouver ce que vous avez c'est Madame Kousmine." Alors j'y suis allée et elle a trouvé effectivement que c'était une encéphalite allergique suite à une tuberculose. Elle m'a sorti d'affaire avec des vaccins. Mais elle m'a dit "de ma vie je n'ai rencontré quelqu'un d'aussi difficile que toi!" . Après cela , à l'occasion d'un congrès, elle m'a demandé de l'héberger chez moi. Et lorsque je lui ai ouvert la porte, je la lui ai ouverte toute grande, mais alors toute grande! et cela lui a été droit au cœur. Et c'est la où c'est devenu une amitié. Nous passions des vacances ensemble, on se téléphonait.
Q. De Quoi vous parlait-elle, de ses états d'âme?
LM. Non non (rire)! Pas d'état d'âme! Elle me parlait par exemple de sa recherche. J'ai vécu avec elle toute la période de recherche. Et la j'ai un privilège extraordinaire c'est que moi j'ai pu la suivre semaine par semaine. Elle tenait un journal très précis, et tout était noté à la virgule près. De la même façon elle a observé et noté l'évolution de chaque patient pendant des dizaines d'années.
Q. Comment s'est développé votre amitié?
LM. J'allais tous les 15 jours chez elle. Elle n'avait pas beaucoup d'amis Elle sentait très bien que quand j'étais là , je la protégeais psychiquement parlant. Et elle en avais besoin.
Q. Et vous que receviez-vous de cette amitié?
LM. Ah ca, effectivement. (silence). Il fallait que je trouve ma nourriture ailleurs. Au point de vue physique elle faisait très attention a moi...pour la simple raison qu'elle n'avait pas envie de me perdre (rire)! Mais mes amis étaient furieux parce que j'étais trop avec elle. Et ils ne pouvaient pas se représenter qu'a mon idée , une femme qui faisait le travail qu'elle faisait méritait que quelqu'un s'occupe d'elle. J'avais l'impression que le Seigneur m'avait dit: "maintenant toi tu t'occupes d'elle ... un point c'est tout! 
C'était Kousmine, elle avait une mission à remplir, ,je pouvais lui aider ,et ça suffisait!